Ces dernières années, le métier de prothésiste dentaire a changé : l’enjeu est de taille car la transition stratégique et numérique au labo devient primordiale pour certains. Aujourd’hui, ce sont plus de la moitié des laboratoires qui sont équipés en CFAO en France. Au départ, la prothèse conjointe était le sujet principal de la CFAO. Aujourd’hui, c’est la prothèse adjointe numérique qui prend de plus en plus de place. Deux explications à cela : l’utilisation croissante des caméras intra-orales par les praticiens a fortement encouragé les labos à s’équiper numériquement et les innovations technologiques ont révolutionné le métier. 

 

Méthode traditionnelle VS méthode numérique (dans les grandes lignes)

 

Méthode traditionnelle : 

  • Prise d’empreinte à l’aide d’un porte empreinte standard pour avoir les modèles primaires 
  • Analyses des modèles primaires et réalisation des PEI 
  • Analyses et réalisation de la cire d’occlusion sur les modèles secondaires
  • Montage des dents pour essayage ou validation esthétique 
  • Validation puis mise en moufle ou mise en place de la cire de montage sur le réfractaire
  • Grattage et finitions  

 

 

Méthode numérique :

  • Prise d’empreinte numérique 
  • Réception et analyses digitales des fichiers d’empreinte 
  • Design du châssis avec montage directeur ou réalisation de la PAT  
  • Usinage et/ou impression 3D 
  • Finitions

 

 

Grâce au logiciel D-FLOW d’Amann Girrbachon peut effectuer le design de la prothèse adjointe totale numériquement. C’est un module du logiciel CAD Ceramill Mind qui permet de construire des prothèses totales individuelles. La flexibilité est maximale car le système est complètement ouvert. L’ajustement est amélioré grâce à l’articulateur Artex virtuel qui permet de régler l’occlusion de manière optimale, et d’équilibrer son montage. La fabrication en est donc simplifiée et le flux de travail est totalement intégré et adapté pour les prothèses numériques imprimées en 3D, et usinées. 

 

Quels sont les avantages de chaque méthode ? Découvrez les interviews croisées de deux prothésistes qui utilisent chacun l’une des deux méthodes. 

 

 

Interview de @le_labo_de_la_petite_souris, prothésiste adjointiste qui comptabilise plus de 14 000 abonnés sur Instagram.

Il a un protocole de travail dit plus “traditionnel”.  

 

  • Peux-tu te présenter en quelques mots ? 

J-M : « Je me présente Jean-Max, le labo de la petite souris. Adjointiste depuis plus de 15 ans et à mon compte depuis 5 ans. Je travaille seul et exclusivement avec la méthode traditionnelle.” 

 

  • Quel est ton protocole de travail pour la prothèse adjointe ? 

J-M : “Mon protocole de travail en prothèse adjointe est tout ce qu’il y a de plus classique : étude de cas, empreinte secondaire, rim, essayage et pose.” 

 

 

  • Quels sont les avantages de ton protocole ? 

J-M :  “Je ne sais pas s’il y a des avantages avec mon protocole mais il est carré et bien rodé. Je connais parfaitement mes clients, leurs préférences et leur sensibilité. La principale qualité d’un prothésiste est de savoir s’adapter à chacun. Je travaille donc de manière différente et personnalisée pour chacun d’entre eux.” 

 

  • Pourquoi est-ce que tu ne passes pas le cap du numérique ?  

J-M :  “Je ne passe pas le cap du numérique pour deux raisons simples : le prix et l’âme.
Je travaille seul, j’ai bâti mon labo sans aucun crédit, mois après mois. Il est impensable pour moi de devoir m’endetter pour réaliser quelque chose que je suis déjà capable de faire à la main. L’âme car j’ai peu d’expérience en CFAO adjointe mais de ce que je vois encore pour le moment, l’âme de l’artisan n’est pas encore totalement arrivée dans les réalisations numériques (mais cela viendra assurément, c’est déjà quasiment le cas pour les armatures métalliques) et c’est encore loin d’être le cas en complète (de mon point de vue).

 

 

Enfin, tout dépend du système choisi mais à mes yeux, imprimer, mettre en revêtement, gratter, ajuster et polir revient à faire déjà ce que je fais en enlevant juste la partie sculpture qui est quand même la plus agréable à mon sens. Il y a aussi des centres d’usinage et certains sont très bons mais je ne suis pas encore prêt à déléguer. Ajoutons un dernier point : c’est que lorsque mon pc est en panne ou que je n’ai pas internet, je peux quand même réaliser ma prothèse.” 

 

  • Comment vois-tu le métier dans les prochaines années ?  

J-M :  “Il va se transformer de plus en plus mais il y aura des pertes de compétences dues au fait que nous sommes toujours et dans tous les milieux de plus en plus assistés. Les résolutions de problèmes deviendront difficiles pour les générations futures qui seront formatées à appeler une hotline. L’écart va également se creuser entre le très qualitatif et le très rentable. Entre les deux, tout le monde va mourir.” 

 

 

Interview du Néerlandais Henk-Jan van den Heuvel : un prothésiste équipé CFAO.

Il est gérant d’un centre de dentisterie, concept inexistant en France et qui regroupe une école de prothésiste, un laboratoire de prothèse ainsi que l’accueil des patients au fauteuil. 

 

  • Peux-tu te présenter en quelques mots ? 

H-J : “Co-gérant d’un laboratoire dentaire, j’exerce en tant que prothésiste. Je suis également professeur à l’école de dentisterie (système hollandais) où j’enseigne depuis 7 ans. Je fais la partie pratique et j’ai ma propre salle de conférence avec 7 ordinateurs. Parfois je suis invité à donner des cours et à prendre la parole lors d’événements aux Pays-Bas mais aussi à l’international.” 

 

 

  • Quelle est ta routine quotidienne ? Est-ce que tu as un protocole ? 

H-J : “Je commence tous les jours par enlever des pièces de nos 5 imprimantes 3D (dont des Nextdent) et de nos 4 usineuses, ensuite je me mets au design pour en faire un maximum. Je design des barres implantaires, des couronnes, des bridges, des gouttières ainsi que beaucoup de châssis et de complets. Tout est fait maison, au sein du laboratoire. Et entre deux designs, j’ai des patients au laboratoire, en moyenne entre 8 et 12 par jour.” 

 

 

  • Quels sont les avantages de la dentisterie digitale, notamment au niveau des châssis ? 

H-J : “L’avantage majeur c’est la rapidité. C’est également une méthode de travail très précise qu’on peut facilement reproduire si le niveau de difficulté reste équivalent. Il suffit d’être bien formé et le protocole reste le même. L’autre point c’est qu’avec la multiplication des caméras intra-orales, nous avons de plus en plus d’empreintes numériques. Il faut donc s’adapter à son époque !” 

 

  • Qu’est-ce qui était « compliqué » avec la méthode conventionnelle ? 

H-J : “Avant je faisais environ 1000 prothèses adjointes par an et j’avais également énormément de travail à côté… c’était impossible de tout gérer ! Le numérique s’est donc imposé à moi pour répondre à la demande croissante des cas. Je voulais aussi gagner en réactivité et en efficacité.” 

 


 

  • Comment vois-tu le métier dans un futur proche ? 

H-J : “Je pense que nous allons continuer à être très chargés en termes de travail et de production. Pourquoi ? Premièrement parce que beaucoup de “petits” laboratoires préfèrent déléguer le travail à un collègue plutôt que créer un centre d’usinage. L’autre explication est le manque de prothésistes bien formés et loyaux. Le turnover va continuer à s’accélérer selon moi et cela a des conséquences négatives sur la production et sur le rendu.” 

 

 

 

Merci pour ces interviews Jean-Maxime et Henk-Jan !

Les deux méthodes sont différentes mais résultent de la même volonté : le bien-être du patient. Il est primordial car c’est la base du métier de prothésiste.