Un relevé d’occlusion n’a de valeur que s’il arrive intact au laboratoire. Entre le fauteuil et la table du prothésiste, l’information se perd pourtant souvent : une remarque manuscrite sur une fiche, un appel téléphonique, une photo envoyée depuis un portable. Le flux numérique de l’occlusion consiste à remplacer cette chaîne fragile par des données, transmises et consultées par les deux parties.
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Ce qui se perd entre le cabinet et le laboratoire
Trois informations disparaissent presque systématiquement en chemin. La première est la dynamique : une empreinte, même optique, fige une situation statique, alors que la mandibule se déplace. La deuxième est l’intensité des contacts, que le papier articulé signale sans la quantifier. La troisième est le contexte : ce que le praticien a observé, la raison pour laquelle il a choisi telle hauteur, ce qu’il attend précisément de la pièce.
Le résultat est connu de tous les laboratoires : une pièce techniquement correcte, mais qui demande des retouches en bouche parce qu’elle a été conçue sur des valeurs moyennes plutôt que sur le patient réel.
Trois niveaux de transmission
1. Le mouvement mandibulaire
L’arc facial numérique Zebris enregistre sans contact la trajectoire réelle de la mandibule et transfère ces valeurs individuelles au logiciel de conception. Le prothésiste ne règle plus un articulateur sur des valeurs moyennes : il travaille sur les déplacements mesurés du patient. C’est exactement ce que décrit notre article sur le Zebris comme outil de communication avec le laboratoire.
2. L’activité musculaire
L’électromyographie de surface mesure l’équilibre et la symétrie de l’effort pendant le serrage. L’examen prend quelques minutes et fournit un état des lieux chiffré, reproductible d’une séance à l’autre — le principe de l’EMG Teethan. Pour le laboratoire, l’intérêt est moins le diagnostic que la preuve : la même mesure, répétée après la pose, dit si l’équilibre s’est amélioré.
3. Le dossier de cas
Reste le plus banal et le plus souvent négligé : la fiche de travail. Tant qu’elle circule sur papier ou par messagerie, elle se perd, elle se recopie, elle se complète par téléphone. Une application de gestion partagée entre le cabinet et le laboratoire règle ce point précis : le praticien crée la fiche depuis le fauteuil, le laboratoire suit l’avancement, et chacun voit le même dossier — pièces jointes et relevés d’occlusion compris.
Ce que ce flux change réellement
Pour le praticien, le gain se mesure en séances : moins de retouches, moins de patients rappelés, une explication chiffrée à montrer plutôt qu’une intuition à formuler. Pour le laboratoire, il se mesure en reprises évitées et en délais tenus, parce que la conception part de données plutôt que d’une description. Nous l’avons vu sur le terrain dans cette immersion au laboratoire Ciaffoloni.
Le bénéfice commun tient en une phrase : le désaccord porte enfin sur des valeurs, pas sur des souvenirs. Quand une pièce ne convient pas, on sait sur quel paramètre revenir.
Par où commencer, concrètement
Inutile d’équiper tout le cabinet et tout le laboratoire d’un coup. L’ordre qui fonctionne le mieux est le suivant :
- Partagez d’abord le dossier de cas, avant même d’acheter un appareil de mesure. C’est l’étape la moins coûteuse, et celle qui supprime le plus d’allers-retours.
- Ajoutez ensuite la mesure qui correspond à votre problème : l’enregistrement des mouvements si les réhabilitations demandent trop de retouches, l’électromyographie si vous suivez des patients aux troubles fonctionnels. Le détail des méthodes est dans notre guide de l’analyse occlusale numérique.
- Fixez un protocole commun avec votre laboratoire ou votre cabinet correspondant : quelles données sont transmises, sous quel format, à quel moment. Sans cette convention, le meilleur matériel produit des fichiers que personne n’ouvre.
Sur ces trois étapes, l’installation et la formation sur site pèsent bien plus lourd que la fiche technique. C’est aussi ce qui distingue un équipement utilisé d’un équipement rangé au fond de l’atelier.
Questions fréquentes
Faut-il un arc facial numérique pour transmettre l’occlusion ?
Non. Une fiche de cas partagée et des relevés cohérents suffisent déjà à supprimer une grande partie des malentendus. L’arc facial numérique ajoute la dimension que rien d’autre ne capture : le mouvement réel du patient.
Ces données s’intègrent-elles aux logiciels de conception existants ?
Oui pour les systèmes ouverts : les valeurs individuelles remplacent les réglages moyens directement dans le logiciel de CAO. C’est un point à vérifier avant tout achat, au même titre que la compatibilité des formats de fichiers.
Combien de temps faut-il pour mettre en place ce flux ?
Le partage du dossier de cas est opérationnel en quelques jours. L’intégration d’une mesure occlusale demande surtout un temps d’appropriation du protocole — quelques semaines pour que les relevés deviennent constants d’un patient à l’autre.
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